Aller au contenu
VitaSport
Santé

Fracture du 5ème métatarsien : la zone de Jones impose parfois 6 à 8 semaines sans appui

Joëlle-Émeric Chassagne 7 min de lecture
fracture du 5ème métatarse au pied, zone de Jones, sans appui 6 à 8 semaines

Une douleur vive sur le bord externe du pied après une torsion, une chute ou un faux mouvement peut révéler une fracture du 5ème métatarsien, parfois confondue avec une entorse de la cheville. La localisation du trait de fracture change pourtant la prise en charge. Certaines lésions consolident généralement bien avec une botte, tandis qu’une fracture de Jones peut nécessiter une absence d’appui prolongée et un suivi radiologique attentif.

Le 5ème métatarsien : un os situé sur le bord externe du pied

Le cinquième métatarsien est l’os long qui relie la partie externe du milieu du pied au petit orteil. Sa base se palpe comme une petite saillie osseuse sur le côté externe du pied. Elle est particulièrement exposée lors d’un mouvement d’inversion, lorsque le pied se tourne brutalement vers l’intérieur, comme dans certaines entorses de cheville.

Quiz : Comprendre la fracture du 5ème métatarsien

Avertissement : Ce quiz est purement informatif. Il ne permet pas d’établir un diagnostic médical ni de définir un protocole de traitement. Consultez un professionnel de santé en cas de traumatisme.

Lors de ce mouvement, le tendon court fibulaire, aussi appelé peroneus brevis, peut exercer une traction sur la base de l’os et arracher un petit fragment. Une fracture peut aussi apparaître plus loin sur le métatarsien, dans une zone où l’apport sanguin est moins favorable. Une douleur externe du pied ne doit donc pas être attribuée d’emblée à une simple entorse.

Les signes qui doivent faire consulter rapidement

Les symptômes les plus fréquents sont une douleur localisée à la pression sur le bord externe du pied, un gonflement, un bleu et une difficulté à prendre appui. Il est parfois possible de marcher malgré la fracture, surtout dans les premières heures. Cette capacité ne suffit donc pas à écarter le diagnostic. Après un traumatisme douloureux, il est préférable de limiter l’appui, de surélever le pied et de demander un avis médical.

Une consultation urgente s’impose en cas de déformation visible, de plaie, d’impossibilité totale d’appui, d’engourdissement, de pied froid ou pâle, ou de douleur qui augmente rapidement. Ces signes peuvent correspondre à une lésion plus sévère nécessitant une évaluation sans attendre.

Avulsion, pseudo-Jones, Jones et fracture diaphysaire : des lésions à ne pas confondre

Les termes utilisés pour décrire une fracture du 5ème métatarsien peuvent prêter à confusion. Ils renvoient surtout à la position de la fracture, à son mécanisme et à son potentiel de consolidation. La fracture de Jones ne désigne donc pas toutes les fractures situées à la base du cinquième métatarsien.

Schéma anatomique d’une fracture du 5ème métatarsien au pied montrant la base, la zone de Jones et la diaphyse
Schéma anatomique d’une fracture du 5ème métatarsien au pied montrant la base, la zone de Jones et la diaphyse
Type de fracture Localisation et mécanisme Évolution habituelle Prise en charge souvent envisagée
Fracture par avulsion À la base, avec arrachement lié à la traction du tendon court fibulaire après une inversion Généralement favorable grâce à une vascularisation plus abondante Botte de marche ou immobilisation, souvent pendant 4 à 6 semaines selon l’avis médical
Pseudo-Jones Fracture proche de la base, mais distincte de la zone de Jones Souvent moins exposée au défaut de consolidation que la fracture de Jones Traitement conservateur fréquemment possible si la fracture est stable
Fracture de Jones À la jonction métaphyso-diaphysaire, environ à 2 cm de la base Risque plus élevé de retard de consolidation ou de non-consolidation Mise en décharge, immobilisation et parfois chirurgie
Fracture diaphysaire Sur la partie plus longue de l’os, après un traumatisme ou une surcharge répétée Évolution variable selon le déplacement et l’origine traumatique ou de fatigue Immobilisation stricte ou ostéosynthèse selon la stabilité

Pourquoi la fracture de Jones est davantage surveillée

La zone de Jones se trouve à la frontière entre deux territoires de vascularisation. Son apport sanguin est moins favorable que celui de la base du métatarsien, ce qui peut ralentir la formation du cal osseux. Une reprise trop précoce de la marche ou du sport peut entretenir la douleur et favoriser une non-consolidation.

Chaque pas transmet des charges du talon vers l’avant-pied, puis vers le bord externe pendant le déroulé du pied. Tant que la fracture n’est pas suffisamment stable, ces contraintes répétées peuvent mobiliser le trait de fracture. La mise en décharge vise donc à protéger l’os pendant la phase où la consolidation débute.

Le diagnostic : examen du pied, radiographies et parfois IRM

Le professionnel de santé commence par préciser le mécanisme de l’accident, examiner la cheville et palper la base du 5ème métatarsien. Il vérifie aussi l’état de la peau, la sensibilité des orteils, la circulation et la capacité d’appui. Cet examen aide à distinguer une douleur ligamentaire d’une douleur osseuse, sans remplacer l’imagerie.

Comparaison des types de fracture du 5ème métatarsien au pied, dont fracture par avulsion, pseudo-Jones et fracture de Jones
Comparaison des types de fracture du 5ème métatarsien au pied, dont fracture par avulsion, pseudo-Jones et fracture de Jones

Les radiographies sont habituellement réalisées selon 3 incidences : face, profil et trois-quarts. Elles localisent le trait de fracture, montrent un éventuel déplacement et orientent le traitement. Si les clichés sont normaux mais que la douleur persiste, notamment après une augmentation récente de la marche ou des entraînements, une fracture de fatigue peut être envisagée. Une IRM peut alors détecter une lésion de stress non visible sur la radiographie initiale.

Botte, plâtre, béquilles ou opération : le traitement dépend de la fracture

Il n’existe pas de réponse générale à la question « peut-on marcher ? ». L’appui peut être autorisé, limité ou totalement interdit selon la localisation, le déplacement, la stabilité de la fracture, la douleur et le profil de la personne. La consigne donnée lors de la consultation doit être suivie précisément, même si les symptômes diminuent rapidement.

Le traitement conservateur des fractures stables

Une fracture par avulsion peu déplacée est souvent traitée sans chirurgie, avec une immobilisation par botte de marche ou parfois par plâtre. Une consolidation autour de 6 semaines est fréquemment évoquée pour ce type de lésion, mais le délai réel varie. Les béquilles réduisent la charge sur le pied, surtout pendant la phase douloureuse. La botte doit être portée selon les indications reçues. Sa compression et l’état de la peau doivent aussi être surveillés.

Quand la chirurgie peut-elle être discutée ?

Une intervention peut être proposée en cas de fracture déplacée, instable ou complexe, de non-consolidation, ou de fracture de Jones chez une personne très active ou sportive. Le geste repose notamment sur une fixation par vis intramédullaire. Une plaque ou des vis peuvent aussi être utilisées selon la situation. La décision tient compte du bénéfice attendu, des contraintes d’immobilisation et des risques propres à toute chirurgie.

Pour une fracture de Jones, une immobilisation sans appui de 6 à 8 semaines peut être recommandée. L’absence de signe de guérison après 8 semaines fait partie des éléments susceptibles de conduire à rediscuter la stratégie thérapeutique avec un spécialiste.

Consolidation, rééducation et retour progressif à la marche

La diminution de la douleur est rassurante, mais elle ne confirme pas à elle seule la consolidation osseuse. Le suivi clinique et radiologique détermine le moment où l’appui peut augmenter, puis celui où la botte peut être retirée. Le tabagisme, un diabète, une fragilité osseuse, une mauvaise observance de la mise en décharge ou une reprise trop rapide peuvent justifier une surveillance renforcée.

Après l’immobilisation, le pied et la cheville peuvent être raides, tandis que les muscles perdent de la force. La rééducation avec un kinésithérapeute vise à récupérer la mobilité, renforcer les muscles du pied et de la cheville, puis retravailler l’équilibre et la proprioception. Ces exercices réduisent le risque de nouvelle torsion, notamment après une fracture liée à un mécanisme d’entorse.

La reprise commence généralement par une marche progressive avec une chaussure stable et confortable, après validation par le professionnel qui suit la fracture. La course, les sauts et les changements brusques d’appui doivent attendre l’absence de douleur et la confirmation de la consolidation. Les sports de pivot sont souvent évités pendant 3 mois. Si la douleur réapparaît sur le bord externe du pied, il faut interrompre l’activité et demander un nouvel avis plutôt que forcer la reprise.

Joëlle-Émeric Chassagne
Retour en haut